Les propositions de la bibliothèque en période de confinement.

Chers lecteurs, depuis le début de la période de confinement, la bibliothèque d’Eqla a mis une en œuvre une série de propositions visant non seulement à maintenir le lien entre nous, mais également à vous donner accès à la lecture et à quelques divertissements.
Nous vous proposons de retrouver l’ensemble de ces propositions sur la page du site internet : https://eqla.be/detente/

Outre les suggestions de nos bibliothécaires (livres à télécharger, petits quizz, enregistrements d’animation ou encore le projet de poésie téléphonée), vous y trouverez les animations de nos collègues du Pôle Culture ainsi que des initiatives dénichées sur internet que nous trouvons intéressantes. Vous y lirez aussi les poèmes écrits par certains d’entre vous dans le cadre du projet « poésie téléphonée » : nous les reproduisons également ci-dessous.
Bien que le déconfinement ait tout doucement commencé et que notre service de prêt se remet en route, ces propositions restent d’actualité en tout temps. N’hésitez pas, faites-vous plaisir et profitez-en !

La poésie téléphonée : les premiers poèmes sont arrivés !

Le chiot qui fait de l’ombre

la poésie, de loin, ressemble à une ombre
quand on se rapproche, on hume son parfum
sans bien distinguer à quoi elle ressemble
elle est toute pliée
il faut se décider à tendre la main

est-ce que c’est une fleur ?
en tout cas, elle est belle
cachée dans la nature
ou dans les poitrines rebelles
elle embellit le quotidien

est-ce que c’est un enfant ?
ou un petit animal ?
au début, on regarde de loin sans rien faire
on dit : tu ne fais pas partie de mon univers
je ne te connais pas suffisamment
j’ai des difficultés en ce moment
je ne sens plus rien
je ne saurais pas t’embrasser

mais voilà qu’il parle, l’animal
il est bavard
il est beau
il dit : viens me caresser
tu peux me toucher, moi
il sent la fleur, le sous-bois

le petit animal saute dans une flaque
il s’évade entre les pages de tant de livres
enfant, il grandit en pension
il dort dans un dortoir
il accumule tant de mots
et il invente des histoires

je suis un petit animal
je connais des chansons par cœur
je fais des recherches la nuit
pour que la beauté s’accomplisse

je suis un chiot qui rêve
un enfant qui espère
qu’on le chérisse
et promet la trève du virus
je suis de toutes les races
je viens de partout

et je me promène
autour de la terre
je suis la poésie dit-il
aujourd’hui, comme hier
je me démène
pour rassembler mes pairs

Une chose que vous n’avez pas osé faire

je n’ose pas
il m’a fallu énormément de temps pour oser écrire
je n’ose pas sauter en parachute
ni sauter à l’élastique
Je n’ose pas dire ce que je pense
aux gens
les gens ont une image de moi
je n’ose pas montrer ma vraie image
je suis une audacieuse
mais je n’ose pas voler
je n’ose pas dire que c’est moi
je veux un phare pour ma quatre chevaux
ma sœur l’a cassé
et maintenant elle veut m’entraîner
on va aller voler le phare d’une autre
me dit-elle
viens, on ose
elle me dit on va prendre les outils de papa
et je n’ose pas
j’ai volé des bonbons, des livres
j’ai envie de voler dans le ciel
mais pas le phare de la quatre chevaux
je n’ose pas
j’ai un fond d’honnêteté
je n’ose pas voyager seule
j’ose me confier
il n’y a que la vérité de chaque vie qui compte
j’ai perdu mon mari quand j’avais trente ans
un de mes fils a eu un accident
il est handicapé
ces mots, j’ose les dire
est-ce que tu oses les entendre ?
je n’ose pas voyager seule
je suis devant la télé
avec mes histoires
il y a des choses qui peuvent paraître stupide aux yeux des autres
ressentir un village
oser
j’essaie de me retrouver

Papier peint

J’aimerais retapisser mes souvenirs
bande par bande les appliquer sur les murs
quand mon mari m’a fait visiter la maison
il m’a pris dans ses bras
et m’a fait monter les marches en me portant
il avait très bon caractère
il m’a supportée pendant 48 ans

J’aimerais avoir assez de colle
j’ai voulu faire mon droit
j’ai loupé histoire
j’aimerais du papier qui emporte au loin
j’aimerais voyager à Marseille
des murs à conquérir
j’aimerais refaire de l’escalade en nature
j’aimerais bien retourner en Australie
je suis une fausse aventurière
je suis une fausse classique

j’aimerais des motifs qui reviennent en arrière
j’aurais bien aimé ne pas arrêter le judo
on peut tout faire
des choix de qualité
des choix d’efficacité
j’ai fait toutes les choses que je ne voulais pas faire
j’aimerais trouver le pinceau qui efface les défauts

J’aimerais retapisser la maison
j’aimerais me dire que c’est terminé
il manque toujours une bande
qui s’appelle toujours
qui s’appelle jamais
on n’a jamais terminé
de tapisser la maison
de souvenirs

Le truc qui donne des forces

Le soleil me donne des forces !
En Afrique,
On devait faire des siestes,
moi je fais pas de sieste,
je passe par une petite porte
et je vais me faire bronzer sur le toit de la maison.

sur le toit,
je pense au résultat final,
je pense à ceux qui m’encourage,
ma famille,
la présence des personnes que j’aime.

Sur le toit,
j’ai envie de bouger,
de rencontrer des gens,
c’est décidé,
je vais me promener.

Je discute avec toutes les personnes que je croise.
Je dis : regarde, tu vois la corde, qui pend du toit ?
C’est de là que je viens.
Mais je me suis échappée.

C’est l’heure du cours de gymnastique,
je copie les mouvements,
un, deux, trois, quatre
un, deux, trois, quatre
je suis souple
j’ai le temps.
Sur le toit, le soleil se couche,
mais moi, je ne rentre pas.

Qu’est-ce qui vous dépayse ?

je sens le paysage
je sens
je suis sur le rocher de Montmartre
je rentre dans une chocolaterie
voilà
c’est un dépaysement
à l’école j’ai appris des traditions
les paysages défilent entre nous
ma copine congolaise me raconte
que l’apparence ne compte pas
et sortir n’est pas important
je crois tout ce qu’elle me dit
je ne sais pas ce qui m’attend
je repense à ce qui n’aurait pas dû arriver
la mort et la souffrance
ma fille avait cinq ans quand son papa est mort

j’aimerais revivre la reprise de mes études à 48 ans
je suis devenue kinésiologue
je travaille encore
j’ai encore des gens qui viennent faire des séances
émotionnellement je suis très investie
je sens le paysage

j’étais prof de gym et de sport
mon sport favori, c’était le patinage
j’allais à la patinoire
je suivais les cours qu’un prof donnait à une autre élève
je faisais du basket dans le paysage

j’en ai tellement vu
mais ça me dépayse
de me trouver confrontée à des gens
complètement différents
en pensée
en bêtise
quand je ne comprends pas la personne
les gens qui veulent sans arrêt te soutenir des trucs
et qui n’écoutent jamais les autres
les gens avec lesquels on ne peut pas discuter
les gens qui ne veulent pas écouter les autres
les gens qui ne savent pas
regarder le paysage